Une sacrée prise de drogue. L’horreur et la souffrance claustrophobe fidèle au Puppy antérieur se retrouve injecté d’un groove cogneur et de guitares agressives bien dosées (Rodent ; Hexonxonx…(merci Jourgensen)). Le disque nous sort des pires bijoux dont l’un des plus beaux jamais écrit par le groupe : Worlock, où les nappes de synthés, le chant torturé et les samples de Charles Manson nous plongent en pleine folie du désespoir. Les diatribes extrémistes écrasant la « mauvaise idée de penser librement » en prennent pour leur gueule (Fascist Jock Itch ; Tin Omen…), donnant une allure plus engagée au groupe que par le passé, et une assurance plus mature. Rain et surtout Choralone joue l’atmosphère inquiétante surréaliste, où l’on croirait voir un monstre cybernétique errer dans les ravages d’une guerre de religion au XVIème siècle. Unique.
Plus lourd, plus écrasant, Last Rights n’en reste pas moins magnifique. C’est la symphonie cruelle d’un labyrinthe moyenâgeux en pleine désintégration industrielle. Le groupe explose tout ce qu’il a su produire depuis ses débuts car il faut en effet dépiauter dans ce magma toxique les débris new-wave époque Remission, de l’art gothique mêlé à la cybernétique façon Cleanse, Fold And Manipulate, ou des attaques dark-électro virales du Rabies,… brouillés aux samples viciés, aux expérimentations hallucinatoires, et à quelques mélodies cathartiques aussi dissimulées que des aliments dans une déjection buccale.
Love In Vein, Killing Game (aussi poignant qu’un Worlock) et Inquisition (avec ses gimmicks dance-floor) restent les morceaux les plus accessibles, et habituellement joués en concert. Mais la majorité du disque est acquise à la cause d’une exploration schizophrénique en apnée où les Canadiens se lâchent dans des délires tout azimuts. Véritable bande-son oppressante d’un écosystème ravagé par des retombées radioactives. La fin d’une civilisation meurtrie par ces lambeaux d’indus en décrépitude (Voire pochette).
Skinny Puppy recrache avec Last Rights la bouillie nocive d’une dizaine d’années au service de la musique électro-industrielle. L’œuvre favorite de cEvin Key dans leur discographie.
Il y a exactement 21 ans, à Pékin, des centaines de manifestants chinois (pour la plupart des étudiants et des ouvriers) qui occupaient depuis un mois la place Tian'anmen en signe de protestation contre la dictature communiste du gouvernement, furent écrasés par les chars ou abattus par l'armée.
Ce 35 mai 1989 sonna la fin du "printemps de Pékin".
La même année, le groupe électro-indus canadien Skinny Puppy sort son album Rabies et un single hommage à ce 35 mai (nan j'ai pas cracké !): Tin Omen.
Rythmique technoïde et guitare agressive (instrument très rare chez le Puppy de l'époque) portent les vocaux enragés de Ogre vers une nouvelle dimension pour le groupe, à l'orée des années 90, et colle parfaitement à la vidéo.
Dans la discographie de Sonic Youth réalisée sur Viol Auditif, on constate que le groupe new yorkais sort un très bon album en 2002 à la suite d’une épreuve relativement désagréable (voir Murray Street).
Il en est de même pour le trio industriel canadien Skinny Puppy en sortant The Process.
En effet, ce que l’on connait aujourd’hui comme un duo composé de Kevin Graham Ogilvie (alias Nivek Ogre) au chant et Kevin William Crompton (alias cEvin Key) aux machines, synthés, samples, productions,…était exactement un trio depuis 1986. Mais le 23 août 1995, le troisième membre de la formation, Dwayne Goettel, meurt d’une overdose d’héroïne, alors que le groupe travaillait sur le successeur de Last Rights.
Ce successeur sera donc achevé dans la douleur par Ogre et Key, et sortira le 27 février 1996 sous le nom de The Process. Un point d’honneur en mémoire de Goettel, où le duo restant mettra un terme à Skinny Puppy à la sortie de cet album, sans promo ni tournée.
Il n’en reste pas moins que ce The Process est une des meilleures productions des canadiens.
Souvent considéré comme un des albums les plus accessible, ce disque a plus un son proche de Nine Inch Nails (la pression de la maison de disques y étant pour quelque chose, après le succès du Downward Spiral en 1994...) que des débuts électro-goth tirant vers la new-wave.
On est loin des expérimentations bruitistes écrasantes de Last Rights, les morceaux sont plus nettoyés et s’enchaînent assez rapidement. C’est le genre de disque que l’on peut présenter de manière plus subtil aux non-initiés.
L’ajout plus massif de guitares bien tranchantes surprend et donne aux morceaux un côté bien percutant (Jahya ; Death ; Curcible ;…) et une prise de risque consciente est abordée pour aller dans de nouvelles directions jusque là jamais explorées (voix plus humaine pour Ogre qui laisse un peu de côté vocoder &co, guitare acoustique sur Candle ; facette électro délicate sur Cult ;…), pour un tout jamais prêt à sombrer dans le ridicule. Loin de là. En plus, que les vieux fans se rassure, la marque indus propre à Skinny Puppy n’est pas abandonnée, et cEvin Key envoie toujours autant ses claviers paranoïaques et beats malsains.
The Process reste un des plus beau chef d’œuvre de Skinny Puppy, de par la musique bien sûr mais aussi du contexte.
Ogre et Key se retrouveront en 2000 pour un concert à Dresde, en Allemagne, au Doomsday Festival, et reformeront officiellement le groupe en 2003 avec un certain Mark Walk. 2 albums paraitront ensuite: The Greater Wrong Of The Right (2004) et Mythmaker (2007).